Le sumi-e, c'est la peinture à l'encre noire venue d'Asie. Un pinceau, de l'encre, du papier, et l'idée qu'un trait bien posé en dit plus qu'un dessin chargé. C'est la base de mon travail.
Un mot, deux kanji
墨絵 se lit « sumi-e ». 墨 (sumi) désigne l'encre, 絵 (e) l'image. On parle aussi de suibokuga, « peinture à l'eau et à l'encre », parce que tout l'art consiste à doser l'eau pour passer du gris le plus pâle au noir le plus dense.
D'où vient la peinture à l'encre ?
La peinture au lavis d'encre naît en Chine. Elle arrive au Japon avec les moines bouddhistes zen, autour des XIIIe et XIVe siècles. Pour eux, peindre est un exercice de concentration : le geste se fait d'un coup, sans retouche possible.
Au XVe siècle, le moine peintre Sesshū Tōyō devient la grande figure du genre au Japon. Ses paysages montrent ce qui fait encore la force du sumi-e : peu de traits, beaucoup de vide, et une énergie qui se lit dans chaque coup de pinceau.
Les outils : les « quatre trésors »
La tradition parle des quatre trésors du lettré, communs à la peinture et à la calligraphie :
- Le pinceau (fude), en poils naturels, qui garde l'encre et la libère selon la pression.
- Le bâton d'encre (sumi), fait de suie et de colle, qu'on frotte avec de l'eau.
- La pierre à encre (suzuri), sur laquelle on prépare l'encre.
- Le papier, souvent un washi très absorbant qui ne pardonne aucune hésitation.
Dans mon atelier, j'utilise de l'encre de Chine prête à l'emploi, sur papier, toile ou tissu brut. Je garde l'esprit du sumi-e (le geste unique, le noir et le blanc) mais pas forcément tous ses outils.
Ce qui fait un bon sumi-e
Le vide, ou « ma »
Le blanc du papier n'est pas un fond, il fait partie de l'image. Les Japonais parlent de ma (間), l'espace entre les choses. Une vague peut n'être qu'un tourbillon de noir au milieu d'une feuille presque vide.
Le geste unique
On ne revient pas sur un trait. C'est ce qui donne aux peintures à l'encre leur vitesse et leur fraîcheur. Les traînées du pinceau sec, les éclaboussures, les gouttes : ce ne sont pas des erreurs, c'est la trace du mouvement.
Les nuances de noir
Avec une seule couleur, on obtient des dizaines de gris en jouant sur l'eau. Un portrait à l'encre se construit comme ça : un noir dense pour les cheveux, un gris léger pour la peau.
Le sumi-e aujourd'hui
La peinture à l'encre japonaise inspire aujourd'hui le manga, le tatouage et l'illustration. Mes portraits mélangent les trois : un visage proche du manga, des cheveux qui deviennent la Grande Vague d'Hokusai, une colonne de calligraphie pour signer.
Si vous voulez aller plus loin sur la vague, lisez pourquoi la Grande Vague d'Hokusai inspire encore les artistes.
Toutes les œuvres de la galerie sont des originaux peints à la main.
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