C'est sans doute l'image japonaise la plus connue au monde. Une vague immense, griffue, prête à s'abattre sur trois barques, et le mont Fuji tout petit au fond. Hokusai l'a dessinée il y a près de deux siècles. Elle revient dans presque tous mes portraits.
Qui était Hokusai ?
Katsushika Hokusai (1760-1849) est un peintre et graveur japonais de l'époque d'Edo. Il a produit des dizaines de milliers d'images : estampes, peintures, livres illustrés, carnets de croquis. Ses Hokusai manga, recueils de dessins sur tout et n'importe quoi, ont même popularisé le mot « manga » bien avant la bande dessinée japonaise moderne.
L'histoire de l'estampe
Son vrai titre est Sous la vague au large de Kanagawa (神奈川沖浪裏). Elle fait partie de la série des Trente-six vues du mont Fuji, publiée au début des années 1830. Hokusai a alors plus de 70 ans.
Ce n'est pas une peinture unique mais une estampe : une gravure sur bois, imprimée à de nombreux exemplaires. Elle appartient au genre de l'ukiyo-e, les « images du monde flottant », vendues à prix abordable dans les villes du Japon. Hokusai y utilise le bleu de Prusse, un pigment importé d'Europe, encore récent au Japon à cette époque.
Pourquoi elle fascine
- La composition. La vague occupe tout l'espace, le Fuji est réduit à un petit triangle. Le regard suit la courbe de l'eau jusqu'à la montagne.
- Les griffes d'écume. La crête se découpe en doigts crochus qui donnent à l'eau quelque chose de vivant, presque menaçant.
- Le suspense. Rien n'est encore arrivé. On ne sait pas si les rameurs vont passer.
Son influence en Europe
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les estampes japonaises arrivent en masse en Europe. C'est le japonisme. Des artistes comme Van Gogh ou Monet collectionnent les estampes, et Claude Debussy fait reproduire la Grande Vague sur la couverture de la partition de La Mer, en 1905. Depuis, elle n'a jamais quitté la culture visuelle : affiches, tatouages, mode, emojis.
La vague dans mes peintures
Je ne recopie pas la Grande Vague. Je garde ses griffes d'écume et je les fais pousser dans les cheveux de mes personnages. Le visage reste calme, presque endormi, pendant que tout bouge autour. C'est ma façon de mettre une tempête dans un portrait.
Hokusai gravait avec des lignes nettes et des aplats de couleur. Moi, je peins à l'encre, d'un geste, avec des traînées et des éclaboussures. Si cette différence vous intéresse, l'article sur le sumi-e l'explique.
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